Genèse

De la Wallonie au Sénégal

BATAO ne commence pas au Sénégal, ni même en Afrique. L’histoire part de la Wallonie, d’une industrie qui a dû se construire presque à partir de rien, et d’une conviction : ce qui a fonctionné chez nous peut se partager, à condition de l’adapter.

Paysage de baobabs près de Thiès, au Sénégal

L’idée naît en 2012, portée par une question simple : et si l’Afrique de l’Ouest se dotait, elle aussi, de véritables bureaux d’accueil des tournages ?

2012 : un premier pilote en Afrique de l’Ouest

À l’époque, le CLAP, bureau d’accueil des tournages de la Province de Liège dirigé par Jean-François Tefnin, s’engage dans une réflexion sur de nouveaux modèles de coopération audiovisuelle. Maxime Dechamps y est mandaté pour lancer un premier projet pilote avec le Ouaga Film Lab et Alex Moussa Sawadogo. Centré sur le Burkina Faso, il pose les premiers contours d’un réseau de bureaux d’accueil des tournages en Afrique de l’Ouest.

2012-2020

Huit années de terrain.

Entre ce premier pilote et le lancement de BATAO Sénégal, le projet ne reste pas en veille. Deux participations au FESPACO, à Ouagadougou. Une mission à Kigali en 2019, dans le cadre du Kigali Audiovisual Forum. Des missions exploratoires au Bénin et en Côte d’Ivoire.

L’objectif n’a jamais été d’exporter un modèle clé en main, mais de chercher, avec chaque partenaire, un schéma qui fonctionne sur place.

Musicien et danseurs traditionnels devant un volcan des Virunga, lors d’une mission au Rwanda en 2018

Nous ne sommes pas venus dire « faites comme nous », mais : voilà ce que nous avons fait, voilà ce qui nous a été utile ; comment cela pourrait-il vous être utile, à vous ?

Ce que la Wallonie a appris en vingt-cinq ans

Il y a vingt-cinq ans, la Wallonie n’avait pas d’industrie audiovisuelle structurée. Le talent, lui, ne manquait pas : la Belgique avait déjà donné de grands noms, de Chantal Akerman à André Delvaux, et ses écoles formaient des cinéastes, y compris venus de France. Mais une fois reconnus, beaucoup partaient travailler à l’étranger, souvent vers Paris. Rien ne retenait l’activité sur le territoire.

Le tournant est venu par étapes. Longtemps, seul existait le soutien culturel de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Après la Palme d’or de Rosetta, des frères Dardenne, en 1999, le gouvernement wallon crée Wallimage : un premier incitant fondé sur des critères économiques, qui investit de l’argent public dans des films en échange de dépenses réalisées sur le territoire. En parallèle se structurent les bureaux d’accueil des tournages. L’incitant décisif viendra en 2004, avec le Tax Shelter, mécanisme fiscal fédéral qui lève aujourd’hui entre 150 et 200 millions d’euros par an pour la production.

En 2018, les bureaux d’accueil des tournages rejoignent Wallimage, qui réunit désormais quatre pôles : Coproductions, Entreprises, Tournages et, plus récemment, Gaming. C’est l’ensemble de ces facteurs, patiemment articulés, qui a fait d’une région sans industrie l’un des acteurs solides de la coproduction européenne.

25 anspour construire une industrie sur des talents
6,3 M€investis chaque année par Wallimage dans les coproductions
150 M€levés chaque année par le Tax Shelter belge
500+projets par an, en coproduction et en accueil de tournages

Une méthode, pas une leçon

Cette histoire nourrit une conviction simple : seuls, nous ne pesons pas grand-chose ; ensemble, nous sommes plus forts. La Wallonie a structuré son marché autour de la coproduction, avec ses partenaires naturels, la France en tête, aux côtés du Luxembourg et de l’Allemagne. Et cela a fonctionné.

Quand BATAO s’adresse à un partenaire, ce n’est donc pas avec une vérité toute faite. Nous n’avons ni l’antériorité des grandes cinématographies, ni la prétention de détenir un modèle universel. Nous avons une expérience : celle d’une industrie construite sur le partage et la coproduction, et l’idée qu’un cadre se bâtit à plusieurs. Nous la mettons sur la table, conscients de ses limites et de la nécessité de l’adapter à chaque territoire.

Sénégal

2020 : BATAO Sénégal voit le jour.

Dans le cadre de la Commission mixte permanente entre la Belgique et le Sénégal, BATAO Sénégal est lancé en 2020. Cofondé par Wallimage, à Mons, et le Centre Yennenga, à Dakar, avec le soutien de Wallonie-Bruxelles International, il est piloté depuis la Belgique par Maxime Dechamps et sur le terrain par Thierno Ba.

BATAO devient un véritable bureau d’accueil : recherche de décors, sélection d’équipes qualifiées, autorisations, mise en relation. Une base de données du cinéma sénégalais (décors, prestataires, technicien·nes, comédien·nes et producteur·rices) est réunie et rendue accessible sur batao.sn. En 2025, plus de 65 films y ont été accueillis.

Pirogue et pélicans en Casamance, au Sénégal
Le littoral de Dakar, au Sénégal
Dakar, port d’attache de BATAO Sénégal.

Vers une marque, et au-delà du cinéma

BATAO se constitue ensuite en ASBL, avec sa propre gouvernance. Le sigle d’origine laisse place à une marque, portée par une identité et une ligne graphique propres.

Et l’ambition ne s’arrête plus au cinéma ni au seul Sénégal : elle s’ouvre à d’autres territoires et à d’autres industries culturelles, du jeu vidéo aux formes émergentes de la création. La méthode, elle, ne change pas : partir de ce qui a fonctionné, et le construire ensemble.